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Charlotte Bousquet répond aux questions des blogueur.euse.s sur son nouveau roman, Nos vies suspendues

Une plume délicate qui dénonce, émeut ou fait rêver, telle est la particularité de Charlotte Bousquet. Autrice de Nos vies suspendues, paru le 14 février 2019, elle traite le sujet du viol au travers de l’expérience de ses deux jeunes protagonistes : Anis et Nora.

Nos blogueur.euse.s, intéressé.e.s par le roman, ont eu quelques questions à lui poser.

Juliette, des Tentatrices :

Comment avez-vous eu l’idée de ce roman : ce n’est ni un sujet facile, ni « joyeux » … ?

J’ai eu le déclic lors du procès de deux jeunes filles victimes d’une agression sexuelle, en 2013. Le procès s’est terminé en non-lieu. Les filles ont été insultées et quasiment désignées coupables d’avoir « provoqué » leurs agresseurs. Quand on se penche sur toutes ces affaires de viols et de violences sexuelles, on se rend compte que les femmes sont toujours jugées responsables, quoi qu’elles fassent – trop jeune, trop court vêtues, ou pas assez, ou trop souriante, ou trop frêles, etc. Il y avait eu un film sur ce sujet : « Les accusés » (1988). Je me rends compte que depuis le temps, les choses n’ont pas bougé. C’est insupportable. C’est l’une des choses sur lesquelles je voulais écrire et c’est également un sujet sur lequel je travaille depuis pas mal de temps.

Je voulais me pencher sur deux éléments en particulier : la sidération et la résilience. La sidération car parfois, on vous demande : « pourquoi vous ne vous êtes pas débattu(e), pourquoi n’avez-vous rien dit ? ». Le problème, c’est qu’on ne peut pas. Soit le cerveau se met en état de sidération, c’est-à-dire en mode off et on ne peut rien faire, soit il se met en mode survie et, dans ce cas, on cogne. Et quand on est en état de sidération, on est détaché de son propre corps, donc on ne peut pas agir : on est comme spectateur. Ce sont des traumatismes que subissent les personnes victimes de viol ou de violences (et là, j’élargis à toutes les formes de violences). L’un des personnages du roman, Steven, subit lui aussi une forme de sidération, ce qui fait qu’il est incapable d’agir. Ensuite vient le problème de la peur du regard de l’autre (et de la soumission à l’autorité ; dans un groupe, on obéit au leader.

Je voulais aussi raconter une histoire de résilience, celle d’Anis. Elle a évolué de manière très positive au fil de l’écriture ; au départ, elle était plus statique.

Comment travaillez-vous sur vos romans ?

Selon les romans, il peut y avoir un travail de documentation. Vu que je viens d’un milieu universitaire, j’avais tendance, au début de ma carrière, à faire des plans en plusieurs parties avec des chapitres très construits. Plus je progresse dans mon métier d’autrice, moins c’est le cas. Ainsi, le synopsis que je vais proposer à mon éditeur.ice n’est pas du tout le résultat final. Je me fais plus confiance et je fais plus confiance à mes personnages. J’écris plus lentement, aussi, je ne sais pas pourquoi ; avant, j’arrivais à enchaîner les romans alors que maintenant je prends de plus en plus de temps pour écrire.

Pour la question du comment, je suis généralement opérationnelle de dix-onze heures du matin à dix-onze heures du soir, avec des grosses pauses évidemment. Le problème de la plupart des auteur.ice.s, c’est qu’il y a toujours un moment où on a envie de passer à autre chose dans un roman. Moi, c’est vers le milieu, donc c’est la période où je vais passer du temps sur Facebook.

 

Nadège, de malittleclémentine :

Quel message aviez-vous envie de transmettre au travers de votre livre, au final ?

Qu’il y a encore beaucoup de boulot. Et aussi, le fait qu’il y aura toujours des gens pour parler de post-féminisme. Tant qu’on aura des personnes décérébrées et des prédateurs sexuels qui continueront à propager cette culture du viol, tant qu’on aura des médias condescendants et complices, tant que les journalistes continueront à parler d’adolescentes pour des gamines de 11 ans qui se font agresser, et tant qu’ils se demanderont si « finalement elles n’étaient pas consentantes » (11 ans !)il y aura encore du boulot.

Et puis, il y a 10 000 manières de subir la violence sexuelle. Après, c’est sûr qu’on s’en sort : j’en ai parlé il n’y a pas si longtemps avec une amie, on a toutes subi une forme ou une autre de violence sexuelles, que ça aille des menaces, des insultes au viol conjugal (qui est enfin punissable par la loi),  du viol « classique » à une pression psychologique dont on ne parle pas forcément (ne pas pouvoir dire non parce qu’on a peur de perdre la personne qu’on aime, ce n’est pas être stupide ou niais, c’est subir une autre forme de violence). On s’en sort plus ou moins, on apprend à faire avec.

Ce qui serait bien, c’est qu’on arrive à faire en sorte que ce soit vraiment puni par la loi, à ce que les hommes et les femmes soient éduqués. Oui, il y a encore du boulot.

 

Hélène, de Hélène Passion Cultur’all :

Comment est née votre envie d’écrire ?

Je crois que j’écris depuis toute petite parce que c’est un besoin vital. Au départ, c’était un moyen de me projeter ailleurs. Ensuite, comme tous les ados, c’est devenu un moyen d’exprimer mon mal-être par journaux, poèmes, petites histoires et autres. À la suite de mes études, c’était pour explorer d’une autre manière la nature humaine. Aujourd’hui, je dirais que l’écriture, c’est aussi une manière de garder la porte ouverte sur le monde, ou sur les mondes.

Avez-vous des auteurs qui vous inspirent ? Si oui, lesquels ?

J’aime bien les réécritures: comme, par exemple, celle des Trois Mousquetaires du point de vue de Milady. C’est Celle qui venait des plaines (chez Gulf Stream). Cela se passe au 19ème siècle aux États-Unis. Après, il y a des auteur.ice.s qui m’ont débloquée, notamment dans l’écriture de la Fantasy. Je pense à Guy Gavriel Kay et Mercedes Lackey. Mercedes Lackey, parce que c’est une autrice qui parlait de problématiques féministes et de la communauté LGBTQ sans avoir le côté un peu vieillot de Marion Zimmer Bradley. Guy Gavriel Kay, parce que sa Fantasy historique est extrêmement bien écrite et poétique.

Toutefois, quand je me plonge dans une époque – ce qui n’est pas le cas pour Nos vies suspendues, parce que c’est un roman contemporain – par exemple, quand j’ai écrit Là où tombent les anges (chez Gulf Stream), qui se passe pendant la 1ère guerre mondiale, je me suis plongée dans la littérature de l’époque afin de m’en imprégner. Sinon, je suis une vraie éponge donc je peux aussi bien m’inspirer d’une série (la série Sons of Anarchy, je dois bien avouer que ça m’avait donné des idées pour un roman) ou bien simplement des articles que je vais lire. C’est un mélange de toutes sortes de choses.

 Avez-vous des petites habitudes lors de votre processus d’écriture ?

Trouver des citations qui ouvrent mes romans.

 

Allison, d’Allisonline :

Quelles recherches avez-vous effectué lors de l’écriture d’un tel roman ?

Pour les recherches, je dirais que l’un des essais- clés qui m’a le plus aidée est « Le livre noir des violences sexuelles » de Muriel Salmona. D’ailleurs, j’invite tout le monde à aller voir un blog qu’elle a développé avec une autre psychologue, qui parle justement de ces procès et des violences sexuelles. Ensuite c’était avec des comptes-rendus que j’ai pu voir dans des journaux en ligne, et des essais sur le féminisme.

Y a-t -il eu des témoignages ou est-ce 100% fictionnel ? 

C’est une fiction, donc il n’y a pas eu de témoignages. Mais, il suffit de regarder sur les réseaux et on les a, ces témoignages, ce qui est terrible. Il suffit d’écrire :  #moiaussi sur le Net, ou de chercher dans sa propre vie.